Politique

REPORT DU DOUBLE SCRUTIN :La classe politique et la société civile mitigées

En Guinée, le président Alpha Condé a pris de court la classe politique en annonçant, vendredi 28 février, un report de deux semaines des élections législatives et du référendum sur la nouvelle Constitution. Au lendemain de cette allocution, la classe politique et les habitants réagissent de manière diverse à ce report.

Les deux scrutins sont contestés par l’opposition politique et la société civile qui estiment que cette réforme, si elle est adoptée, ouvrirait la voie à un éventuel troisième mandat du président en fin d’année.

Le RPG, parti du président, relativise le report de quinze jours des deux scrutins: « Si cela nous apporte plus de compréhension au sein de la classe politique, tant mieux », affirme Amadou Damaro Camara, président de la mouvance présidentielle à l’Assemblée.

A l’UFDG, principal parti d’opposition, on dénonce d’abord la tonalité du discours du président qui est perçu comme étant « martial » et ne s’adressant qu’à ses militants. Sur le fond, « analyser le fichier est fondamental, mais il faut beaucoup plus de temps. Quinze jours, cela ne suffit pas », avertit Fodé Oussou Fofana, responsable de l’UFDG. Le parti réclame une expertise étrangère pour mener cette opération.

De son côté, le FNDC reste vigilant: « Le cœur du problème n’est pas réglé. Nous contestons le maintien du référendum sur une nouvelle Constitution », indique Ibrahima Diallo, chargé des opérations du FNDC. Ce collectif de la société civile et de l’opposition entend organiser une vaste manifestation, en signe de protestation, la semaine prochaine.

Dans les rues de Conakry, le soulagement et les interrogations

Dans les ruelles ensablées de Hamdallaye, la plupart des commerces sont encore fermés. Les restaurants aussi. Mais les activités reprennent petit à petit. Souleymane Bah est soulagé par ce report. « Ça m’a vraiment fait plaisir. Parce que si les élections avaient eu lieu, la Guinée aurait été à feu et à sang. Deux semaines, ça ne suffit pas. Il n’y a qu’à reporter les élections pour trouver un consensus sur l’ensemble de la Guinée avec tous les Guinéens. »

Deux semaines pour réviser le fichier, c’est court. Mais Mamadou Bangoura, un étudiant, est optimiste. Tout est question de volonté politique. « S’ils sont vraiment engagés, et surtout qu’il y a la volonté de faire vraiment de la transparence dans ces élections, on peut le faire, en deux semaines. »

Rama gère un salon de coiffure. À cause des manifestations régulières, ses affaires tournent au ralenti. Alors cette jeune femme fulmine contre ce énième report qui ne fait que prolonger l’incertitude économique et sociale. « Ça nous met en retard ! Les élèves n’étudient pas, il n’y a plus rien ! Même si on reporte deux semaines, ça sera la même chose. L’opposition ne sera pas d’accord. Reporter n’est pas la solution. Le mieux, c’est d’en finir une fois pour toutes. »

La coalition citoyenne pour les élections et la gouvernance, qui devait déployer des observateurs pour suivre ces scrutins, demande à la commission électorale de proposer un « chronogramme raisonnable » afin d’assurer des élections inclusives et transparentes.

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